Présidentielle 2014 : « J’ai voté après Abdelaziz Bouteflika »

Redaction

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L’élection présidentielle a commencé ce matin à 8 heures, avec très peu d’affluence dans les bureaux et centres de vote. A Alger les électeurs ont pris leur temps pour se rendre aux isoloirs, dans le centre ville comme en banlieue, les algériens affichaient un faible engouement. L’événement de la journée restait le vote d’Abdelaziz Bouteflika plutôt que l’élection en soi…

Bouteflika vote et après…

Il était attendu comme le messie. A El Biar le CEM Bachir El Brahimi a crépité sous les flashs des appareils photos ce matin. Les images de sa voiture ont été difficilement capturées par les caméras de la centaine de journaliste venue voir le Président absent. L’homme, le candidat, le Président en sursis ou pas, était là. Abdelaziz Bouteflika a voté ! Ces quelques secondes ont été les plus regardées  et surtout les plus surveillées par les Algériens aujourd’hui. Le Président qui n’a pas fait d’apparition publique depuis 2012 n’avait pas d’autre choix ce jour-là que de voter sous les yeux de tous. Arrivé sur une chaise roulante, le président-candidat était souriant et ravi de glisser son bulletin dans l’urne. Une scène sans doute historique, Abdelaziz Bouteflika, l’homme fort aux discours percutants est arrivé silencieux, sur un fauteuil roulant prenant son temps pour voter.

Fini l’image du Bouteflika que tant de générations ont connu, le candidat assume désormais pleinement sa maladie. Le Président assis a voté et cela a suffi à ses électeurs pour renforcer leur conviction de l’élire pour un 4e mandat. Quelques heures après la tempête médiatique le CEM Bachir El Brahimi est apaisé, il ne reste que les organisateurs du scrutin, les observateurs de candidats et quelques électeurs. Témoins privilégiés de la venue d’Abdelaziz Bouteflika, ils se disent pour la plupart heureux d’avoir assisté à cette scène. « J’étais tellement heureuse de le voir. Il était rayonnant, il avait l’air en forme ! », affirme la directrice de l’école et chef du bureau de vote.  « Tout le monde sait qu’il est malade, mais ça ne nous a pas paru étrange qu’il soit malade, on s’attendait à pire alors nous avons été surpris de le voir dans cet état », explique l’une des surveillantes du scrutin. « Il avait l’air vraiment bien. Son état de santé s’est amélioré. Je n’étais pas choquée de le voir dans cet état. Le plus important finalement c’est qu’il ait accompli son devoir de citoyen algérien», explique Soraya, chargée de surveiller la fameuse urne. Dans le bureau de vote du président-candidat c’est plutôt l’affolement médiatique qui a surpris. « On n’a pas compris certains comportements, c’était exagéré », déplore la chef du bureau de vote. D’autres regrettent d’avoir à peine vu le Président « qu’avons-nous vu ? Il était avec les journalistes et les gardes du corps ! » explique une surveillante du scrutin.

Fréquentation disparate

Si le vote d’Abdelaziz Bouteflika a ramené du monde, ailleurs au moment de glisser son scrutin dans l’urne, l’ambiance était… désertique. Cherchez l’électeur… telle notre quête ce matin. Les bureaux de vote à forte fréquentation étaient rares en cette matinée à Alger comme dans sa périphérie.

Les quelques centres de vote qui sont parvenus dans le pays à attirer les foules étaient surtout des villes comme Ouargla, Tindouf, notamment les bureaux de vote chargés d’accueillir les fonctionnaires ou les militaires. A Alger, plus précisément à Zéralda, un bureau n’a pas désempli pas depuis 8 h. On joue des coudes, on se bouscule, voire on menace pour accéder au fameux isoloir. « Laisses-moi passer ! » « Fais la chaine » « Activi ! » entend-on dans une foule composée d’Algériens dont l’âge ne dépasse pas la vingtaine. Seulement la spécificité de ce centre est qu’il accueille des militaires de la caserne d’à côté. A 8 heures ils ont été envoyés en grand nombre pour voter. Leur enthousiasme n’est pas lié à la fréquentation mais plutôt à leur fonction.

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A Zeralda les jeunes militaires faisaient la queue pour voter ce matin / AF

Quelques mètres plus bas une autre école attend les électeurs mais là il s’agit d’une toute autre ambiance. Les électeurs ne se pressent pas dans les isoloirs. Si certains bureaux ont atteint à 10h30 la moitié de leur effectif d’autres peinent à remplir l’urne qui reste désespérément vide à 12h.  « Il faut attendre l’après-midi, le matin ils sont peu à venir », nous affirme plusieurs responsables de centre de vote à Zeralda, Alger centre ou dans les hauteurs de la Capitale.  A l’école Yougurtha située à quelques mètres du Palais du Gouvernement, le responsable du centre de vote explique qu’à 15h « ce sont presque 1000 personnes qui ont déjà voté », soit la moitié du nombre d’inscrits, mais ça va s’accélérer  dans la journée,  nous indique-t-on, alors que chaque pièce compte un ou deux électeurs.  « Il faut attendre le soir, c’est à ce moment là qu’il y aura de monde », ajoute le directeur.

Attendre, pour les jeunes occupés ailleurs, ou pas encore levés. Attendre pour les femmes occupées à faire à manger. Attendre la motivation. Bref chaque bureau de vote avait sa justification. Reconnaissant la faible fréquentation, de nombreux membres des comités d’organisation estimaient toutefois que c’est l’élection qui a attiré le plus de monde depuis ces dix dernières années. Contradiction ?

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A 11 h, certaines urnes étaient encore bien vides / AF

L’élection présidentielle restait toutefois un événement important pour les électeurs algériens qu’ils se déplacent pour voter ou pas. A Zeralda justement ce jour de vote se déroulait dans un contexte particulier. Quelques jours après le meurtre d’un jeune de la région, Akram tué par des pro-Bouteflika venus de l’intérieur du pays pour assister au dernier meeting d’Abdelmalek Sellal à la Coupole, on s’attendait à une ambiance tendue. D’autant plus que les habitants de la ville avaient menacé de sortir dans la rue pour protester contre ce crime. Toutefois cette journée de vote était très calme pour Zeralda, notamment après l’arrestation du présumé coupable de la mort du jeune Akram. « Justice a été faite alors ça a calmé les esprits, rien n’est à signaler au contraire les gens sont venus voter », estime de son côté le directeur d’un centre de vote.

Silence on vote !

Pas de tension et pas de craintes alors. L’élection présidentielle que certains craignaient après une campagne électorale pour le moins tendue s’est déroulée dans un cadre apaisé à Alger qui est restée hermétique aux soupçons de fraude électorale qui jaillissaient dans le reste du pays. Dans les bureaux de vote, l’ambiance était presque cérémoniale. Les surveillants du scrutin sont fiers de montrer qu’ici « tout est transparent et respectueux de la loi », indique un responsable du registre électoral dans une école de Zéralda. Tous les assesseurs, scrutateurs et surveillants ont été formés en amont pour mener à bien l’opération de vote.

En face des observateurs placés par les candidats sont là pour veiller au bon déroulement de cette élection. Toutefois seuls Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis disposent de scrutateurs dans tous les centres alors que les autres candidats n’ont pas pu se le permettre. Mais là encore on observe une sur-représentativité de l’équipe de campagne du président-candidat. Quant aux observateurs ce sont des jeunes femmes et hommes, souvent étudiants plus motivés par l’indemnité donnée par chaque équipe de campagne que par leur mission. Ils ont reçu des instructions mais restent un peu novice en la matière. Ils disparaissent parfois pendant des heures, ou demandent les chiffres aux surveillants du bureau plutôt que d’assurer eux-mêmes après leurs comptes de manière indépendante.

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Deux observateurs des candidats Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis / AF

Alger reste surprotégée par une importante présence policière reste à l’abri des incidents majeurs observés dans les autres régions. Mais la journée de vote se poursuit encore jusqu’à 19 h. La remise des chiffres du vote de la journée et surtout des procès verbaux établis par les scrutateurs des candidats devraient rendre compte de la réalité de cette journée d’élection présidentielle.