Barack Obama, entamant à Dakar un périple dans une Afrique suspendue aux bulletins de santé de Nelson Mandela, s’est félicité jeudi des progrès réalisés sur la voie de la démocratie tout en invitant ses hôtes à faire preuve de tolérance envers les homosexuels.
« Je considère que l’époque actuelle est pleine de promesses pour ce continent », a déclaré le président américain, dont c’est le second déplacement sur le continent de ses aïeux paternels kényans après une brève étape au Ghana en 2009.
« Bien trop souvent, le monde néglige les progrès extraordinaires que l’Afrique réalise, y compris pour consolider la démocratie », a ajouté lors d’une conférence de presse le premier président afro-américain de l’histoire des Etats-unis.
Il a néanmoins invité les pays africains à cesser de discriminer les homosexuels en soulignant que le sort réservé à ces derniers sur le continent restait « controversé ».
Il en a profité pour se réjouir de la décision, mercredi, de la Cour suprême américaine affirmant l’égalité civique devant le mariage et rendant par là les couples homosexuels éligibles à la même protection sociale que les hétérosexuels.
« C’est une victoire pour la démocratie américaine. Le principe de base selon lequel nous sommes tous égaux devant la loi est au coeur de ce que nous sommes, nous Américains ».
L’ONG Amnesty International avait encouragé Barack Obama à évoquer la question du traitement des homosexuels lors de son déplacement en Afrique, où cette question reste souvent taboue pour des questions religieuses.
Au Sénégal, pays d’un islam tolérant, l’homosexualité est toujours un crime, comme c’est le cas dans 37 autres nations du continent, d’après Amnesty International.
Le visiteur a, tout en se disant respectueux de la diversité des cultures et des religions, préconisé des mesures pour instituer une égalité entre homosexuels et hétérosexuels.
TRAITEMENT ÉGAL
« Quand on aborde la question de la manière dont l’Etat, la loi traitent les citoyens, je crois que chacun devrait bénéficier d’un traitement égal », a-t-il dit en comparant la situation des homosexuels en Afrique à la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis.
Son hôte sénégalais, le président Macky Sall, démocratiquement élu en 2012, a fait valoir que les homosexuels n’étaient pas persécutés dans son pays, la plus ancienne démocratie d’Afrique de l’Ouest.
« Nous ne sommes pas homophobes. Le Sénégal est un pays qui respecte les libertés. Les homosexuels n’y sont pas persécutés mais ils doivent pour le moment accepter les choix des autres Sénégalais ».
Le président des Etats-Unis a été accueilli avec beaucoup de chaleur dans les rues de la capitale pavoisée aux couleurs des deux pays. Lors de sa visite au siège de la Cour suprême à Dakar, Barack Obama a fait l’éloge de l’indépendance de la justice sénégalaise qui cherche à lutter contre la corruption et poursuit l’ancien président tchadien Hissène Habré, réfugié à Dakar et accusé de crimes contre l’humanité.
« Les échanges commerciaux et les investissements à travers le monde convergent de plus en plus vers des lieux régis par des règles et les tribunaux jouent un rôle important en la matière », a-t-il observé.
Le chef de l’exécutif américain a annoncé avoir demandé à l’administration américaine de conclure un nouvel accord sur le commerce et l’investissement avec les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
Washington cherche aussi à proroger la loi sur les chances et la croissance en Afrique (Agoa) signée par Bill Clinton en 2000, qui expire dans deux ans et réduit les barrières douanières pour les pays appliquant les règles du libre-marché.