Nous avons choisi un samedi, le second jour du week-end, pour se rendre dans la capitale du Djurdjura. À l’aller comme au retour, les usagers de ce tronçon ont toutes les raisons de se plaindre. Partir ou revenir sur Tizi Ouzou ou sur Alger est devenu “un projet”. Il faudra beaucoup de courage et mille calculs pour éviter de tomber dans les bouchons monstres qui jalonnent un trajet de 100 km seulement. À défaut, le malade souffre, le voyageur rate son avion, l’étudiant ses examens et le touriste perd son latin…
Autrefois, axe très sollicité par les familles, notamment pour se rendre à Tizi Ouzou, mais aussi à Béjaïa, Jijel et Boumerdès, l’autoroute reliant Alger à Tizi Ouzou est devenue, aujourd’hui, un véritable enfer pour les voyageurs, comme pour les automobilistes et les professionnels des transports en commun et de marchandises. Cet axe de 100 kilomètres seulement est quasiment à effacer de la carte des autoroutes et des routes à grande vitesse.
Constituée de deux voies seulement, aussi dangereuses l’une que l’autre, à cause des déformations et des virages fortement inclinés, elle est ainsi devenue, par la force des choses, impraticable. Mal matérialisée, elle n’est même dotée d’une bande d’arrêt d’urgence.
Des travaux partout, des rétrécissements de chaussées, absence d’éclairage public sur des dizaines de kilomètres, des barrages de contrôle à tout bout de champ et une insécurité ascendante, voire menaçante sur l’économie, nul ne peut démentir ou déjuger ce que ressentent les citoyens qui l’empruntent. Nous avons choisi un samedi, le second jour du week-end, pour se rendre dans la capitale du Djurdjura.
Il est à peine 10h quand nous prenons la route vers Tizi Ouzou, en empruntant l’axe de l’autoroute Est-Ouest qui débouche sur Boudouaou. Ici, la vitesse est autorisée à 120 km/h. De l’autre côté du périphérique sud et de la route Moutonnière, la vitesse est limitée à 80 km/h.
Il est vrai que la sortie d’Alger, des anciennes routes, est aussi infernale, contrairement au chemin que nous avons emprunté sciemment pour se focaliser sur les 70 km restants, c’est-à-dire de Boudouaou à Tizi Ouzou.
La descente entamée vers l’ancienne autoroute, les embouteillages infinis s’annoncent. Des camions et des bus qui roulent sur la voie de gauche, nous verrons notre vitesse réduite à 45 et 50 km/h ! À peine le dernier virage de Boudouaou négocié, nous tombons sur un bouchon long de 13 km.
Les issues menant vers Boumerdès sont également envahies par les véhicules cherchant à éviter l’axe de Tidjelabine, où le marché de voitures d’occasion attenant à cette autoroute est érigé. Nous empruntons alors les anciennes routes de Boumerdès via Cap-Djinet et Dellys. Des barrages de contrôle sont érigés partout. Pratiquement tous les 3 ou 5 km.
Preuve que la situation sécuritaire n’est pas encore totalement rétablie. Des centaines de véhicules immatriculés 15, 16, 18, 35 ou encore 06 ont pris le même chemin. Au bas mot, 2h de temps pour avoir évité le marché de Tidjelabine. Un marché qui, autrefois, était organisé chaque jeudi et qui est, désormais, ouvert chaque samedi.
Colère et bouffées de chaleur… Mais ce n’est pas fini ! En plus des travaux de réfection qui s’éternisent à Thénia, nous tombons sur un autre embouteillage aussi monstre que le premier aux Issers.
Y compris du côté de la déviation à double sens, elle aussi saturée par la circulation automobile. Ici, témoignent des automobilistes, il suffit d’un accident banal ou d’une panne ou un arrêt pour que la circulation devienne impossible. Fort heureusement, aux Issers, ce dédoublement de voies est finalement ouvert. Mais, tout est relatif.
Après 35 mn de souffrance, nous entamons, enfin, l’autoroute de Bordj Menaïel avec l’espoir de récupérer le retard accusé. Mais c’était compter sans les longs et infinis cortèges de camions et de bus qui nous ferment les horizons jusqu’à la montée de Naciria. Entretemps, les automobilistes subissent les marchands ambulants qui stationnent des deux côtés des passerelles, et ce, aux yeux de tout le monde.
Les encombrements reprennent de plus belle avec d’autres camions chargés de sable volé à partir des oueds, avec des relais routiers et des lavages de voitures qui jettent les eaux et les huiles usées, les casses de voitures qui se greffent sur les bas-côtés. à 23 km de notre point de chute, c’est-à-dire à 30 mn de trajet, des travaux, parfois signalés, sont entamés des deux côtés de l’autoroute.
Les habitués, très prudents, enclenchent un freinage dégressif, mais pas les novices de cette “autoroute”, ancienne appellation. Nous dépassons le barrage de contrôle de Tadmaït, la circulation est plutôt fluide.
Là aussi, il ne faut pas parler trop vite. Deux barrages de contrôle, l’un à l’entrée de Boukhalfa et l’autre juste au-dessus de la première passerelle de la ville, freinent notre élan. Nous arrivons, enfin, épuisés, au chef-lieu de Tizi Ouzou. Un chef-lieu totalement embouteillé, des deux côtés de la Nouvelle-Ville et du centre-ville.
Finalement, il faudra démarrer tôt d’Alger, au chant du coq, et prendre le sens inverse à partir de 18h ou 19h pour ne pas subir les affres d’une autoroute qui a perdu son sens, au propre comme au figuré ! Audelà de la ville des Genêts, ce n’est pas non plus le paradis.
Mais les travaux, récemment engagés, pour réaliser une trémie et des doubles voies à Oued Aïssi et l’axe reliant Tizi Rached à Azazga devraient normalement soulager dans quelques mois les usagers de la route.
Mais, il faut le dire, aucun projet structurant et pouvant apporter une valeur ajoutée à cette route, étouffée par les longs embouteillages, n’est en vue. La colère des voyageurs est indescriptible. Partir sur Tizi Ouzou ou vers l’est de l’Algérie via cet axe routier est devenu un projet, voire une corvée, un enfer…