Jetées à la rue, deux familles de gardes communaux menacent de se suicider

Redaction

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Lu sur Le Courrier d’Algérie

Décidément, le suicide est devenu, faute de la nonchalance des pouvoirs publics, le seul recours des gardes communaux pour mettre, une bonne fois pour toute, un terme à leurs souffrances.

Le bilan risque sérieusement de s’«alourdir» s’il l’on tient compte des menaces brandies par plusieurs agents qui se disent oubliés par un État qu’ils ont pourtant servi avec abnégation durant toute une «décennie».

Les familles des deux gardes communaux, à savoir Rhamnia Mohamed et Lamrioui Belaid, expulsées de leur détachement où ils occupaient des appartements à El-Harrach souffrent dans l’anonymat depuis plus d’un mois maintenant.

Les membres de ces dernières, dont l’attente frise l’impatience, menacent de mettre fin à leurs jours. «Nous sommes déjà morts !», lâche Mohamed Lamrioui, éreinté par le jeûne et la longue attente.

Notre interlocuteur, que nous avons rencontré hier au niveau de son nouveau «domicile», cachait mal sa colère et, aussi, sa détresse. «Nous sommes là depuis un mois. Nous passons des journées infernales depuis le début de ce mois sacré.

La température dépasse parfois les 40° C dans ces baraques que nous occupons. C’est vraiment lamentable !», raconte avec tristesse celui qui était un ex-chef d’un détachement de la garde communale. L’orateur ajoute par ailleurs qu’il a entamé avec son «frère» dans le combat, Rhamnia Mohamed, une procédure judiciaire.

Mais, dans le cas où celle-ci ne va aboutir à rien, enchaîne-t-il, nous allons nous suicider ! L’épouse de notre interlocuteur qui reste toujours sous le choc du premier jour lorsqu’ils étaient, elle et ses enfants, forcés par les gendarmes à quitter leur appartement affirme que l’idée de suicide ne lui fait absolument pas peur.

«Vous croyez que nous sommes vivants actuellement !», se demande-t-elle les larmes aux yeux. Avant d’appeler, pour la énième fois, les autorités concernées à prendre en charge leur cas.

Il faut dire en effet qu’aucune «commodité» susceptible d’assurer une vie descente à leurs occupants, à l’instar des sanitaires, n’existe dans les baraques de fortunes érigées par les deux gardes communaux. L’hygiène y fait défaut, ceci d’autant plus que le marché représente la seule source pour ces familles afin de se procurer du liquide précieux.

«Pour boire de l’eau, on peut en acheter des superettes. Mais, pour laver et entretenir cet endroit, nos revenus ne nous le permettent pas», regrette Lamrioui Belaid. Hier, témoigne pour sa part Rhamnia Mohamed, « nous n’avons pas pu dormir à cause du vent car celui-ci a failli emporter avec lui les plaques à l’aide desquelles nous avons érigé les baraques, que vous voyez.»

Notre interlocuteur précise également que sa famille ainsi que celle de Lamrioui Belaid encourent un grand danger en restant dans l’endroit où ils sont actuellement. «Un grand serpent a semé, il y a de cela deux jours, la terreur chez nos enfants. Ces derniers encourent un grand risque en restant ici! », soutient le garde communal à la retraite.

«LE CHEF DE DAÏRA ET LE WALI DOIVENT ASSUMER LEURS RESPONSABILITÉS »

Visiblement déçu par le fait qu’aucun responsable n’a daigné se déplacer chez eux, Lamrioui Belaid souligne que le chef de daïra et le wali vont assumer la responsabilité dans le cas où ils mettent fin à leurs jours. « Nous lançons un ultime appel au wali avant qu’il ne soit trop tard ! », a-t-il lancé. Et d’enchaîner : « Faites un geste à ces anges (les enfants, ndlr), dont le seul tort est d’avoir été notre progénitures.»

L’épouse de notre interlocuteur interrompe ce dernier pour verser, encore une fois, toute sa colère sur les responsables locaux qui font, a-t-elle accusé, les «deux poids, deux mesures.» «Durant le séisme de 2003, les familles touchées ont été toutes prises en charge. Des psychologues leur ont même été affectés. Pourquoi pas nous aussi ? Nous sommes également des sinistrés !», a-telle clamé.

«L’ÉTAT NOUS A TRAITÉ COMME DES CHIENS !»

Très touchés, les deux gardes communaux n’arrivent toujours pas à croire que les responsables compétents leur ont réservé un tel sort. «L’État nous a traité comme des chiens ! Il nous a jeté dans la rue sans penser à nous reloger ou, au moins, nous proposer des solutions», déplore Rhamnia Mohamed.

Le garde communal qui, malgré tout, ne regrette pas d’avoir mis sa vie en péril durant la décennie noire, estime qu’on ne peut pas souhaiter une telle situation même à ses pires ennemis. «Nous vivons, comme vous le voyez, comme des esclaves. L’État, au lieu de nous remercier et de nous donner nos droits, nous humilie», ajoute-t-il encore. Il est important de rappeler enfin que deux gardes communaux se sont suicidés en juin dernier.

Un à Skikda et un autre à Khenchla. Tandis qu’un autre a tenté de s’immoler, fin mars dernier, à Guelma. Et la liste reste apparemment ouverte…

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