Ma rencontre avec le père Noël à Alger

Redaction

Le climat mais également l’absence de décorations ne nous fait pas vraiment ressentir l’ambiance de Noël. On réalise à peine que c’est la fin de l’année. Nous qui avons l’habitude des climats tempérés, la douceur de l’hiver algérien est surprenante et ne nous prépare pas aux habituelles festivités de fin d’année.

Je retrouve une bande d’expatriés qui m’a invité pour célébrer le réveillon de Noël. Nous nous retrouvons dans le quartier d’El Harrach à la tombée de la nuit. Accueillie dans une grande bâtisse, je pénètre dans la salle à manger, sorte de cantine commune avec cuisine. Les boules de Noël disséminées ça et là et une guirlande en guise de chemin de table aident à nous mettre dans l’ambiance. Nous nous installons dans la partie « salon » de cette grande pièce. De larges et confortables banquettes nous attendent et l’apéritif est servi. Nous trinquons à ce Noël algérien.

Première rencontre avec mes compagnons de réveillon, tout le monde met la main à la pâte pour les derniers préparatifs et nous voilà, étrangers l’un à l’autre il y a quelques heures, en train de papoter autour d’un dîner, presque traditionnel, qui réuni d’habitude les familles. Quelques ajustements sont nécessaires du fait de la non disponibilité de certains ingrédients mais nous n’y voyons que du feu.  Le fait que nous soyons tous étrangers nous permet d’éviter les questions qui représentent notre lot quotidien en tant qu’étrangers : « Que faites-vous en Algérie ? », « Travaillez-vous ? », « D’où venez vous ? » et la sempiternelle « Mais pourquoi l’Algérie ?! »

Birigitte, Jacquis et les autres

Nous nous présentons brièvement. Jacques, en poste depuis 4 mois, me présente son épouse Brigitte. Partis en couple, ils travaillent au sein du même organisme. Mariés depuis deux ans, ils forment un couple épanouis et Michel, détenteur d’un contrat de travail d’une année, évoque déjà son désir de prolonger son séjour en terre algérienne.

Brigitte, fine cuisinière, nous met l’eau à la bouche en nous parlant des deux bûches de noël, qu’elle a pris soin de préparer elle-même. Nous avons tous les détails de la recette et les petits tuyaux qui lui ont permis de réussir, avec brio, sa pâte.

Le second couple de la soirée, formé par Laurent et Magalie, a également décidé de s’expatrier à deux en Algérie. Engagés chacun dans une entreprise différente, ils expliquent leur démarche par l’envie d’ailleurs et de découverte. Pays complètement inconnu par le jeune couple, ils apprécient de vivre à l’extérieur de la capitale, ce qui ne les empêche pas de sortir dans le centre ville assez fréquemment. Nous nous apercevons rapidement que nous fréquentons les mêmes lieux.

Première expérience pour la majorité d’entre nous, nous sommes rejoins par Albert, qui est installé à Alger depuis 1991. Il nous raconte la dynamisation croissante de la société depuis son arrivée. Aujourd’hui, de plus en plus de lieux de rencontre tels des cafés, des restaurants ouvrent dans la capitale, ce qui permet à la population de s’évader, de se rencontrer, d’échanger. Albert nous explique que les habitudes d’enfermement prises pendant les années noires ont la vie dure et les sorties se font encore timidement. Enfin, nous sommes rejoins par Jules. Arrivé du Mali pour poursuivre ses études à l’université d’Alger, il est à présent ingénieur civil, travaillant dans une société algérienne. C’est le moins bavard d’entre nous. Vivant à Kouba depuis 1999, il nous raconte succinctement son passage de l’université à la vie active.

Pas de neige ni de grand froid

Et nous voilà partageant nos impressions et notre émerveillement de vivre cette expérience africaine. La narration de nos découvertes, nos trouvailles, nos bons plans, nos joies mais aussi de nos petits désagréments du quotidien accompagne notre diner. Une chose est sure, l’engouement pour l’Algérie fait l’unanimité autour de la table. J’ai l’impression d’être dans une bulle inconnue, en dehors de l’Algérie et du temps qui s’écoule. Pas de neige cette année ni de grand froid. Le vent glacial ne gâchera pas la fête et les flocons ne seront pas au rendez-vous. Quelques boules de Noël, ça et là,  nous rappellent ce pourquoi nous sommes réunis. Je finis par m’habituer à ce cocon, loin des douceurs algéroises… Mais il est déjà temps de repartir et je retourne au travail, à ma vie algérienne, à mille lieux de la folie des fêtes de fin d’année.

Non, je ne vivrai pas cette année les courses de Noël de la dernière minute, les sapins, les guirlandes, les pères Noël et ne je contemplerai pas l’originalité des vitrines festives du Bon Marché. Qu’importe, cette année, j’ai pu apprendre, comprendre, ressentir l’ambiance familiale et l’excitation de l’Aïd, la douceur de la période du Ramadan. Finalement, l’important n’est il pas plus de partager et de vivre une fête qui nous rassemble.

Par Emilie M.