Dr Abderrahmane MEBTOUL, professeur des Universités Expert International et coordinateur du projet de télévision « Algérie Internationale Monde Plus ».
Les propos tenus par le gouvernement sur l’ouverture médiatique nous a fait perdre du temps et de l’argent avec cette instabilité en Algérie qui décourage d’ailleurs tout investissement sérieux. Cela traduit le manque de visibilité et de cohérence dans la politique socio-économique et produit des rapports de forces qui se neutralisent. C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons à nos nombreux amis, qui nous avaient encouragé dans cette initiative, que suite aux décisions récentes du Ministre de l’information, nous abandonnons provisoirement notre projet. Nous avons prévu un actionnariat très large avec un investissement lourd variant entre trois et quatre milliards de dinars algériens (300 à 400 milliards de centimes). Un quota avait été prévu de 15 à 20% pour les journalistes parallèlement à des experts et opérateurs économiques. Ces derniers, nous avaient rejoins et dont l’opération était toujours ouverte afin dévirer la monopolisation néfaste des décisions et de favoriser la concurrence des idées.
Sous la pression certainement du printemps arabe, les déclarations des responsables politiques algériens ont été rassurantes. Dès lors, nous avons cru en l’ouverture du champ audiovisuel en Algérie. Nous avons l’intention de lancer, et nous en avons toujours le désir mais pas à n’importe quelles conditions imposées qui mettraient en faillite le projet. Nous avons l’idée avec de nombreux amis algériens locaux et émigrés, et en partenariat avec des groupes internationaux spécialisés, tout en respectant la réglementation de l’investissement en vigueur (49/51%), de lancer une chaine internationale de Télévision localisée en Algérie. Notre objectif était une télévision citoyenne au service du Maghreb et de l’Afrique, indépendante de toute activité partisane. Toutes les sensibilités devaient être les bienvenues, reposant sur notre anthropologie culturelle. C’est dans le cadre du dialogue des cultures entre l’Orient et l’Occident, étant pour la diversité culturelle, source d’enrichissement mutuel, afin d’éviter le racisme et les faux préjugés. La pérennité et la crédibilité de toute chaine sont fonctions d’un bon management stratégique et de la qualité de la ressource humaine. La formation de très haute qualité devait être notre préoccupation, du choix des acteurs qui doivent animer les émissions et du ciblage des segments de consommateurs, afin qu’elle soit vue par le plus grand nombre.
Nous sommes en pleine cacophonie ce qui explique qu’au niveau des hautes structures du pouvoir, il n’y pas de consensus à ce sujet. En effet, le Ministre de l’information annonce suite au conseil des Ministres du 12 septembre 2011 que « Le champ audiovisuel sera ouvert en 2012 ». Puis dans une seconde déclaration il exclut tout partenaire étranger. Enfin la dernière déclaration date de fin février 2012, je le cite « nous commençons d’abord avec les chaînes thématiques. Après, il y aura peut-être une évolution de la législation et, en fonction de cela, la future loi sur l’audiovisuel qui fixera ce qui sera autorisé ». C’est-à-dire des chaines documentaires, de programmation de certains films, écartant tout débats politiques et économiques qui intéressent le plus grand nombre. Elles seront donc non rentables dans la mesure où nous ne pensons pas que les chaines sportives made in Algeria puissent concurrencer celles de l’international. Cette décision, il ne faut pas être naïf, n’est pas celle du Ministre mais provient d’une autorité supérieure. En fait l’objectif est de vouloir faire des nouvelles chaines des annexes des télévisons publiques, peu d’audiences. Le large discrédit avait été prononcé par le Ministre de l’information lui-même lors du forum à El Khabar en septembre 2011. Je le cite « Si l’année dernière, je me suis excusé auprès des Algériens, aujourd’hui, je pleure avec eux, pour ce qui se passe à l’ENTV ». Après cette décision, bon nombre de journalistes algériens, et ils sont nombreux à être compétents, iront vers les chaines internationales étrangères où ils s’épanouiront.
L’Algérie est un des rares pays à être à la traine dans ce domaine avec la Corée du Nord qui sont des communistes. Or, au XXIème siècle, le fondement de la démocratie et le développement des libertés passent forcément par la liberté d’expression. Il faut le reconnaitre avec objectivité, les cinq télévisons publiques algériennes n’ont plus ou peu d’impacts, étant en situation de monopole néfaste et de verrouillage du paysage médiatique, ne répondant plus aux attentes des téléspectateurs locaux. ENTV, Canal Algérie ou A3 étant des copies conformes, reproduisant des images et des discours lassants, sans tenir compte ni des mutations mondiales ni internes. Cela constitue un facteur de démobilisation et un gaspillage financier. La population algérienne, en majorité parabolée et, surtout notre jeunesse, se tourne vers d’autres chaines satellitaires étrangères. Etant un investissement hautement capitalistique à rentabilité très lente avec la concurrence internationale et internet. Cela signifie qu’il n’y aura pas de chaines de télévisons privées crédibles.
L’ouverture médiatique en Algérie, fondement de tout processus démocratique fiable, devient dès lors une chimère. Face à cette situation, en attendant une volonté politique de libéralisation des médias, nous avons décidé d’abandonner provisoirement ce projet.
Professeur Abderrahmane MEBTOUL