« Il faut laisser les jeunes vivre. Après la sécurité et la stabilité, le prochain mandat de Bouteflika apportera le bonheur aux Algériens » a affirmé Sellal à Chlef cette semaine ! Gageons qu’avec cette promesse que nos jeunes iront voter cette fois-ci pour le bonheur. Mais quel bonheur ? Et en faisant quoi au juste ? La pauvreté des discours des candidats à la présidentielle ou de leurs « représentants » est déconcertante. Des slogans creux auxquels plus personne ne croit. Des affirmations à la volée ! Des débats dans les chaînes TV privées tout aussi pauvres parce que non fondés sur des constats lucides sur l’état du pays. Et pourtant ! Les chiffres parlent ! Les chiffres qui prouvent. Des chiffres qui alertent sur la situation économique, sociale, scientifique et culturelle en Algérie.
Alors pour chercher des chiffres qui parlent, il faut aller par exemple sur le site de l’Agence Nationale de Développement de l’Investissement (ANDI), cette institution gouvernementale qui s’est vue confier la mission de facilitation, de promotion et d’accompagnement de l’investissement en Algérie. Pour attirer les investisseurs étrangers, l’ANDI présente les atouts de notre pays notamment en disponibilité de richesses naturelles :
– 18ème producteur de pétrole
– 12ème exportateur de pétrole
– 15ème place en matière de réserves mondiales pétrolières prouvées
– 5ème producteur et 3éme exportateur de gaz
– 3ème fournisseur de l’Union Européenne en gaz naturel
– 7ème place dans le monde en matière de ressources prouvées en gaz
– 4ème fournisseur énergétique total de l’Union Européenne
– 4ème puissance économique dans le Monde arabe selon l’Organisation arabe de garantie des investissements
– 2ème plus gros détenteur de réserves officielles de change après l’Arabie saoudite
– 3ème plus gros détenteur de réserves d’or dans la région MENA, après l’Arabie saoudite et le Liban
– Le moins endetté des 20 pays de la région MENA
– Potentiel solaire : 3000 heures d’ensoleillement par an
– Autres richesses minières : phosphate, zinc, fer, or, uranium, tungstène, kaolin, silicium …ou gâa ou gâa !
D’autres atouts à part ce « Rezk Allah » ou celui de la nature ? Nada !
Je ne m’attarderai pas sur les autres « avantages » présentés par l’ANDI, mais sur un regard extérieur d’un grand site d’experts comptables spécialisés dans les investissements à l’étranger, qui met en avant :
– Les faibles coûts des intrants énergétiques (Gaz, carburants & électricité) : le gaz industriel est 22 fois moins cher que la moyenne européenne, l’électricité est 6 fois moins chère ;
– La main d’œuvre qualifiée et bon marché : elle est 10 fois moins chère qu’en France ;
– La proximité de l’Algérie vis à vis de l’Europe. Cela encourage les délocalisations d’activités industrielles consommatrices d’énergie ;
– Un pays en pleine métamorphose économique.
Ce même site relève nos « points faibles »
– Les lenteurs de l’administration sont souvent pointées du doigt
– La complexité de la législation, notamment fiscale
– L’accès au foncier industriel.
Alors que serions-nous sans cette richesse naturelle, sans cette main d’œuvre « pas chère » et sans cette proximité de l’Europe ? Trois lignes pour souligner les « atouts » de l’Algérie d’un coté contre onze « avantages » présentées par l’ANDI.
Plus récemment encore, un rapport de la Commission européenne relève que « L’Algérie occupe la 153e place (sur 189 économies dans le monde) selon le rapport de la Banque mondiale intitulé «Doing Business 2014» et plus loin « Le pays continue d’être trop dépendant des hydrocarbures, qui représentaient 35 % du PIB, plus de 95 % des recettes d’exportation et plus de deux tiers des recettes fiscales en 2012. »
Et dans ces constats, peut-on oublier le vrai désastre de notre système éducatif du primaire jusqu’au supérieur ? Ce système éducatif, gangrené par une «démocratisation» – belle litote – et une arabisation imposée et irréfléchie, qui aura réussi dans sa mission d’éradication de l’intelligence et d’étouffement de l’imagination individuelle et collective en approvisionnant, chaque fin d’année, la société algérienne de fournées entières d’analphabètes parfois «bilingues».
Peut-on mettre en sourdine :
– Notre scandaleuse dépendance alimentaire de l’étranger ?
– Ces milliards de dollars de la rente pétrolière déposés dans les banques étrangères alors qu’ils peuvent être investis au dernier centime chez nous ?
– Cet abandon de l’artisanat, du tourisme, de la formation professionnelle aux « petits métiers » ?
Quelles sont nos performances de notre pays en matière d’agriculture, d’industrie, d’éducation, de santé, de chômage, d’habitat , de lutte contre les disparités régionales ? Et quelles sont les solutions proposées en toute sérénité pour la résolution de ces problèmes ?
Pour cela, et sous toutes réserves, il faut aller sur des sites algériens spécialisés mais peu connus… Peu connus parce que ces sites n’ont pas de slogans. Ils n’ont que des chiffres, des constats lucides, des propositions d’action et de très nombreux témoignages. Hada makane !
Et dans toutes les manifestations que l’on voit « Ella Lil El3ouhda ElRabi3a », personne ne met en avant ces chiffres… qui interpellent pourtant. Peut-on raisonnablement contrer un système avec des « NON ! » sans poser un constat réfléchi de la situation et sans proposer d’alternative ?
L’alternative ? Un des mots-clés de cette « campagne électorale ». On la trouve peu dans les « programmes » des partis politiques. Mais beaucoup dans des sites quasi apolitiques si peu connus hélas. Du concret qui dépasse les mots pour résoudre nos maux. Et l’oeuvre d’algériens d’ici et de « là-bas » qui n’ont aucune ambition autre que celle de servir leur pays, très souvent dans une totale discrétion. Il suffit par exemple de parcourir les commentaires des sites consacrés au développement de l’Algérie pour se rendre compte de la réalité des actions menées par ces expatriés à qui certains dénient le droit à la parole sous le fallacieux prétexte qu’ils auraient fui le pays. Là aussi il faut avoir l’œil pour tomber sur des sites qui mettent en avant les efforts de ces expatriés en faveur du développement du pays et que l’administration algérienne ignore, écrase, méprise et les rend ainsi invisibles. Invisibles mais déterminés à aller jusqu’au bout de leurs profondes convictions personnelles qui ne sont dictées que par la raison et l’amour de leur patrie.
Quant au bonheur promis par Sellal aux jeunes asnamis… je pense que ce homme pourrait en effet y contribuer… en disparaissant de la scène publique ! C’est tout ce qu’on lui demandera. Pour le reste, on attendra…
Youcef l’Asnami