A quoi sert le Fonds National d’Investissement ? Par Hassan Haddouche

Redaction

Une des principales décisions et certainement l’une des moins attendues de la dernière tripartite du 10 octobre dernier a consisté dans l’annonce de la constitution d’un groupe de travail  chargé de « proposer les modalités de contribution du Fonds National d’Investissement (FNI) au financement de l’investissement national public et privé ». C’est un retour du FNI sur le devant de la scène économique ou son action bien que très loin d’être négligeable est restée au cours des dernières années entourée d’un grande discrétion .

Salué lors de  sa création en février 2009 comme le « fonds souverain algérien », que beaucoup de professionnels appelaient de leurs vœux, le Fonds National d’Investissement  a été doté, dès son origine, d’un capital conséquent de 150 milliards de dinars (1,5 milliard d’euros), auxquels sont venus s’ajouter 75 milliards de dinars supplémentaires attribués par la loi de Finances 2010. Pour les responsables économiques algériens, le rôle premier de ce fonds d’investissement d’Etat est d’être l’instrument privilégié de la « politique de l’offre » mise en œuvre par les pouvoirs publics à travers l’encouragement des secteurs identifiés comme stratégiques et porteurs de croissance. Une vocation qui l’éloigne a priori de la définition usuelle des fonds souverains et le rapproche davantage des modèles de la Caisse de dépôts française ou de la CDG marocaine.

Le secteur public d’abord

Les premières activités du Fonds National d’Investissement  entamées depuis maintenant plus de 3 années  ont déjà entraîné la mobilisation de près de 2 milliards d’euros. C’est ainsi que l’institution a pris, dès 2009, une part importante dans le financement de plusieurs projets pétrochimiques avant de contribuer, surtout depuis le début 2011, aux programmes d’investissements de nombreuses entreprises publiques. Parmi ces dernières, les interventions les plus importantes du Fonds National d’Investissement ont concerné notamment le renouvellement de la flotte d’Air Algérie, la contribution au plan de croissance de Cosider, première entreprise de travaux publics du pays, ou encore plus récemment à l’ambitieux programme de développement du champion national de l’industrie pharmaceutique, Saidal, qui doit se traduire par des prêts à long terme estimés à plus de 100 millions d’euros. La liste est loin d’être exhaustive.

Après Tonic et AXA ….

En marge de ces nombreuses actions de financements de quelques unes des plus grandes entreprises publiques réalisées avec une certaine discrétion, le Fonds National d’Investissement  a surtout été projeté  sur le devant de la scène économique nationale en raison de prises de participation spectaculaires dans des entreprises privées. C’est ainsi qu’on a appris successivement, au cours des dernières années l’intervention  du Fonds National d’Investissement , aux côtés de la BEA et du groupe AXA, dans l’accord de partenariat qui  a permis  au numéro un mondial de l’assurance de s’installer en Algérie. Il s’agit de la première prise de participation du FNI dans le capital d’un projet d’investissement réalisé en partenariat avec une entreprise étrangère. Le fonds public dispose d’une minorité de blocage de 30% dans la nouvelle société.

Quelques mois  plus tard, le Fonds National d’Investissement était l’instrument majeur d’un plan de sauvetage du papetier privé Tonic emballage, en situation de faillite depuis 2009. Un dossier empoisonné qui avait conduit à l’incarcération des anciens propriétaires de l’entreprise ainsi que de plusieurs banquiers. L’intervention du FNI permettait tout d’abord de faire tourner à nouveau les machines d’un complexe de création récente qui employait plus de 4000 personnes. Elle avait en outre l’avantage de soulager la BADR, une des six banques publiques du pays, qui avait  injecté, au mépris des dispositions prudentielles légales, le montant colossal de 65 milliards de dinars (650 millions d’euros) dans l’entreprise.

….Au tour de Michelin

Cette « belle série » d’interventions en tant que bras financier de l’Etat pourrait se poursuivre dans les mois à venir via la reprise des actifs du groupe Michelin en Algérie sur lesquels le gouvernement a manifesté l’intention d’exercer son droit de préemption. Une opération qui a fait déjà couler beaucoup d’encre puisqu’il s’agit pour l’Etat algérien de s’opposer à la reprise par le groupe privé Cevital des actifs, principalement le terrain, appartenant à Michelin à Bachdjarah dans le but de le transformer en un complexe comportant un centre commercial, un hôpital ainsi qu’une université privée. Le patron de Cevital  s’est également engagé à récupérer la majeure partie du personnel de Michelin dans les différentes unités industrielles du groupe. Le schéma n’a pas convaincu les pouvoirs publics  qui veulent « à tout prix » ainsi que l’a précisé littéralement le nouveau ministre de l’industrie, M.Amara Benyounès, continuer à produire des pneus à Bachdjarah… Avec quel opérateur ? En tout cas pas avec Michelin qui estime que l’activité n’est pas viable et  a décidé de partir de toute manière. Quand l’Etat veut faire la politique industrielle contre les entreprises et à n’importe quel prix, ça n’est jamais très bon signe.

Le financement des PME en question

Dans la période présente, le Fonds National d’Investissement  aurait sans doute mieux à faire. Le principal sujet de controverse au sujet de cette jeune institution concerne sa contribution au développement du secteur privé national. La plupart des informations disponibles indiquent que les ressources du fonds ont été pour l’essentiel consacrées au financement des entreprises publiques dans le cadre de la priorité franche réservée à ces dernières par les orientations de exécutif. Les statuts du FNI prévoient pourtant clairement qu’il finance « le développement de l’investissement productif » aussi bien des entreprises publiques que des entreprises privées. Des voix se sont déjà élevées, bien avant la dernière tripartite, au sein des associations patronales, ainsi que dans le secteur bancaire privé, qui réclament une contribution plus active du Fonds National d’Investissement  à la dotation des entreprises privées nationales en fonds propres ou sous forme de prêts à long terme. Cette intervention du fonds public serait pour beaucoup d’opérateurs de nature à stimuler le développement de nombreuses entreprises privées en leur permettant de grandir en proposant des projets « bancables » aux institutions financières classiques. C’était d’ailleurs l’objectif de l’instruction donnée par un célèbre Conseil des ministres réuni en février 2011. Il enjoignait pour la première fois au Fonds national d’investissement  d’intervenir sous forme de prise de participation dans le capital d’entreprises privées jusqu’à hauteur de 34%. Malheureusement et bien qu’aucun bilan ne soit pour l’instant  disponible on n’enregistre encore  à notre connaissance qu’un nombre insignifiant de dossiers traités.

Hassan Haddouche

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