Dans son discours du 8 mai 2012, prononcé à Sétif après les législatives, le Président de la République a promis des réformes structurelles dont la première étape sera la révision constitutionnelle. Cependant, le texte fondamental doit se projeter vers l’avenir. Le Dr Abderrahmane Mebtoul propose ici huit axes de réflexion.
1- L’Algérie doit engager de véritables réformes structurelles, y compris des réformes du système politique, qui est actuellement le centre névralgique de la résistance au changement et à l’ouverture. Pour ce faire, il faudra choisir clairement entre régime parlementaire ou présidentiel, afin de responsabiliser les acteurs politiques.
2- Réformer le système judiciaire en appliquant et en adaptant le droit, mais également en luttant contre la corruption qui devient un danger pour la sécurité nationale.
3- Réformer le système éducatif, qui mise actuellement sur le nombre au détriment de la qualité, et qui s’est transformé en centre d’élaboration et de diffusion d’une culture de résistance au changement et à la modernisation.
4- Procéder aux réformes du secteur des hydrocarbures (source de rente et objet de toutes les convoitises) et de l’agriculture par la mise en oeuvre d’une nouvelle politique foncière et de gestion de l’eau.
5- Elaborer une nouvelle gestion des stratégies sociales, impliquant une réforme de la gestion des caisses de retraite et de la sécurité sociale.
6- S’attaquer à la réforme du système financier, préalable essentiel à la relance de l’investissement national et étranger. Les banques publiques et privées sont en effet au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre partisans de l’ouverture et défenseurs de la préservation des intérêts de la rente.
7- Intégrer la sphère informelle qui contrôle 40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments des produits de première nécessité.
8- Adapter l’Algérie aux nouvelles mutations mondiales (telles que les impacts de l’Accord d’association avec l’Europe applicables depuis le 1er septembre 2005 et son éventuelle adhésion à l’organisation mondiale du commerce (OMC)), dans le Maghreb, qui est le pont entre l’Europe et l’Afrique, son espace social naturel.
En résumé, il s ‘agit de préparer l’après-hydrocarbures. On sait en effet que les réserves pétrolières s’épuiseront inéluctablement dans 14/15 ans, et dans 20/25 ans en ce qui concerne le gaz conventionnel. C’est une question de sécurité nationale car du fait des importants bouleversements géostratégiques mondiaux qui s’annoncent pour 2015-2020, l’Algérie entre dans une phase cruciale de son histoire et a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il reste à accomplir. Un seul objectif doit être poursuivi : assurer un développement harmonieux, conciliant, soucieux de l’efficacité économique et de la justice sociale.
Dr Abderrahmane MEBTOUL