Les fondements de la construction algérienne, du Moyen Âge aux civilisations maghrébines

Redaction

L’Algérie, cœur du Maghreb classique. De l’ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), de Gilbert Meynier. Éditions La Découverte, 2010, 22 euros.

Voici un livre, très documenté, qui traite d’une période de l’histoire de l’Algérie correspondant au Moyen Âge européen, de 698, chute 
de Carthage, à 1518, année de l’allégeance de 
la régence d’Alger à l’Empire ottoman. Le lecteur est vite plongé dans une histoire riche, dense, mouvementée, s’étendant sur près de neuf siècles et où l’Espagne arabo-musulmane occupe une large place. Une histoire que des générations d’Algériens ignorent. Et ce, en raison d’un enseignement de l’histoire centré sur la glorification de l’islam et, partant, de l’arabo-islamisme.

Sur cette terre du Maghreb se sont succédé du VIIe au IXe siècle les royaumes ziride, hammadite, idrisside, aghlabide.. du Xe au XIIe siècle les empires berbères fatimide, almoravide, almohade , et du 
XIIe au début du XVIe siècle les royaumes hafcide, mérinide et zayanide. Ces pouvoirs, qui, au fil des siècles, se sont établis, vont « esquisser une division tripartite du Maghreb ». À cette époque déjà, les chroniqueurs distinguaient trois ensembles (le Maghreb Al-Adna, l’est du Maghreb ou ifrikiya, le Maghreb Al-Awsat, le Maghreb central, et le Maghreb Al-Aqça, le Maghreb extrême) qui « coïncident grosso modo respectivement avec la Tunisie, l’Algérie et le Maroc ». 


Tout au long de ces neuf siècles, le Maghreb est passé d’une période de brillante civilisation (au faîte 
de l’art et de la culture) à une période de déclin. 
Du VIIIe au XIe siècle, les États maghrébins dominaient 
la Méditerranée dans tous les domaines, y compris militaire et maritime. Mais à compter du XIIIe siècle, 
s’amorce une période qui les verra s’affaiblir, et leurs liens rompus avec une Andalousie réduite au royaume de Grenade du fait de la reconquista.

A contrario, l’Europe va prendre graduellement le dessus. 
Le savoir arabo-grec se transmet via la Sicile, Tolède, vers l’Europe. « Fut transmis ce qu’on voulait connaître, pour combler le retard européen en astronomie, médecine, logique aristotélicienne, mathématiques », note l’historien. Les villes maghrébines, comme Bejaïa (Algérie), perdent peu à peu leur rayonnement culturel au profit des villes du Nord. Alors que des intellectuels européens venaient étudier dans les villes du Maghreb quand elles étaient au faîte de leur rayonnement culturel et scientifique, « les Maghrébins ne viennent pas étudier en Europe, et ils ne perçoivent guère 
ce qui se pense et se construit au Nord ».


Plus fondamentalement, souligne l’auteur, « il y aura bien aux XIV-XVes siècles une renaissance italienne, mais pas de nahda (renaissance en arabe) maghrébine » et que vers le XVIe siècle « se développera sur 
les rives de la mer du Nord ce capitalisme moderne dont l’esprit relèvera, pour Max Weber, de l’éthique 
du protestantisme…». C’est dans ce contexte de repli 
à tous les niveaux que naît en 1518 l’État d’Alger (dawlat el-Djezaïr), dirigé par une caste militaire turque, dont 
le territoire découpé administrativement en six beylicats (régions) correspond grosso modo à l’Algérie actuelle.

Hassane Zerrouky
humanite.fr

Quitter la version mobile