Le développement d’abord, le paradis ensuite Par Abdou Semmar

Redaction

Chère Sabah Boudris, c’est un avec grand plaisir que je m’adresse à vous.  Comme de nombreux Algériens, j’ai visionné vos vidéos sur les réseaux sociaux. J’ai apprécié la tendresse que vous témoignez aux enfants. J’ai beaucoup aimé l’affection que vous leur manifestez dans votre classe. 

Je m’incline devant votre volonté de donner le meilleur de vous-mêmes à nos enfants. Votre charme nous fait oublier le climat austère qui étouffe notre école. Ceci dit, permettez moi de vous exprimer mon total désaccord sur le contenu de votre discours « pédagogique » dépourvu, justement, de toute pédagogie. A mon sens, et c’est un père de famille qui l’affirme, nos enfants ont davantage besoin d’apprendre les langues qui véhiculent les nouvelles technologies que la langue du « paradis ». Je suis un admirateur de la langue d’El-Moutnabi. Je suis un fervent défenseur du patrimoine arabe et de son apport à l’identité nationale. Cependant, contrairement à vous, je garde ma lucidité : Il n’y a aucune langue privilégiée au paradis. Je ne crois pas  qu’une jeune enseignante comme vous est missionnée par Allah pour apprendre la « langue du paradis » à nos enfants.

Je vous suggère, d’ailleurs, de laisser le « paradis » aux imams et autres théologiens. Si j’ai bien saisi la quintessence de vos vidéos, vous êtes une passionnée de l’enseignement. Il serait donc judicieux de vous concentrer sur la réalité de notre monde où nos enfants ont cruellement besoin d’acquérir les outils intellectuels nécessaires pour bâtir notre pays. Oui, chère Sabah, l’aspiration au paradis est légitime, mais celle de voir notre pays accéder au développement l’est d’avantage. Je comprend bien que vous soyez religieuse. Je respecte votre foi. Mais, nos enfants ont besoin de savoir, de sciences, de tolérance, d’ouverture sur le monde et de qualifications professionnelles pour prendre en main leur destin.

Nous partageons la même religion. Sauf que pour moi, l’école n’est pas une institution religieuse. On y apprend à lire, à écrire et à compter. Les langues étrangères sont un vecteur vital pour accéder au savoir. Vous n’êtes pas sans ignorer que toutes les nouvelles découvertes scientifiques contemporaines sont enseignées dans les langues occidentales. Vous avez le droit de ne pas aimer l’Occident, cependant, vous n’avez pas le droit de minimiser ses avancées technologiques. Vous n’avez, surtout, pas le droit de priver nos enfants de ce savoir précieux. Posséder qu’une seule langue, tant qu’elle soit celle du « paradis », est une façon de fermer les horizons du futur à nos enfants. Et ce n’est pas le sort que nous devons leur souhaiter. De grâce, gardez votre bonhomie et motivation, mais ne vous méprenez pas; la mission de notre école est de développer notre pays. Pour le « paradis », nous avons suffisamment de mosquées pour garantir le salut de notre âme…