S’engager semble être le maître mot du rappeur algérien Lotfi Double Kanon. Les élections présidentielles, la Palestine ou encore la Syrie : l’artiste est sur tous les fronts. Mercredi soir, il est monté sur scène en soutien au peuple syrien. Une conférence suivie d’un concert de Médine et de Lotfi DK était organisée à Paris par l’association « Pour une Syrie libre ».
Le rappeur algérien explique qu’il répond présent à ce genre d’événements car il n’a « que l’art pour soutenir ». « Chaque fois qu’il y a des manifestations comme ça, je participe avec joie car je pense que c’est un devoir pour toute personne qui a des principes et qui défend cette cause ». A la fin de son concert, Lotfi DK a accepté de répondre aux questions d’Algérie-Focus sur son autre engagement : la politique algérienne et le 4e mandat de Bouteflika.
Pourquoi êtes-vous contre un 4e mandat de Bouteflika ?
Parce que c’est bon il a eu sa chance : il a eu 10 ans plus 5 ans de bonus. Mais en 15 ans il n’a pas pu régler tous les problèmes. Il a essayé mais 15 ans ça suffit, il ne pourra pas résoudre les problèmes avec 5 ans de plus. Il faut laisser la place aux jeunes, il faut laisser la place à d’autres personnes pour gérer l’Etat. Je ne suis pas contre la personne en elle-même, je suis contre le fait de reprendre 5 ans de plus.
Estimez-vous que l’élection de 2014 est une mascarade politique ?
C’est vulgaire de dire une mascarade, d’autant plus qu’apparemment les Facebookers ont pris le dessus. Le pouvoir a maintenant peur des jeunes qui sont sur la toile, ils ne peuvent plus les contrôler. Les gens se mobilisent, là une marche à Batna est organisée. Il y a une prise de conscience de la part du peuple. Donc je ne pense pas que ce soit une mascarade. On va combattre jusqu’au bout.
Pensez-vous qu’une autre personne puisse être élue face à Bouteflika ?
Je pense qu’il y a une chance si on arrive à se mobiliser tous en même temps. Le problème c’est que les gens qui sont contre le 4e mandat sont trop divisés. Les uns demandent le boycott, les autres demandent le soutien de tel ou tel candidat et d’autres encore veulent sortir dans la rue. Par contre si on réussit à mobiliser tous les gens qui sont contre le 4e mandat, on peut vraiment aboutir au changement. Parce que le peuple, au fond de lui-même, il sait que Bouteflika n’est pas capable de gérer le pays.
Une plainte aurait été déposée contre vous par des pro-Bouteflika au sujet de votre morceau s’attaquant à Sellal, êtes-vous au courant et que comptez-vous faire ?
Ce sont des gens que je qualifierais en algérien de « Chitta » c’est-à-dire la brosse : ils essaient de se montrer intéressants, de dire « oui on a défendu l’Etat ». Ils essaient de salir mon image en disant « lui il est déjà contre Bachar, donc il est pour la révolution, pour le printemps arabe ». Ils essaient de mélanger tout ça. Des journalistes me critiquent, des artistes ont même été payés pour me salir. Mais moi, j’ai des principes, je les défends, j’ai ma conscience et je dors tranquille. Si il y a une plainte on va gérer, mais pour l’instant notre priorité c’est la lutte contre le 4e mandat.
Que pensez-vous de l’absence d’engagement politique des autres artistes algériens ?
Peu d’artistes s’engagent. Je les comprends, ils ont peur parce qu’ils se disent que si Bouteflika est réélu, ils vont être grillés surtout que les artistes ne sont déjà pas bien payés. Moi je les comprends, je ne les plains pas. Mais j’ai décidé de prendre mes responsabilités, de m’engager.
Et le soutien de Cheb Khaled à Bouteflika ?
Cheb Khaled n’a pas soutenu Bouteflika, il a juste soutenu le whisky que ramenait Bouteflika, c’est différent. Khaled voit le pays comme un touriste, mais il faut le voir comme un citoyen. Il faut voir toute la misère qu’il y a, il faut voir les gens à Ghardaïa, il faut voir les gens qui ont faim et qui eux ne se nourrissent pas avec du whisky.
Une nouvelle chanson politique est-elle en préparation ?
Pour l’instant, vu que je suis accusé d’être une personne qui veut des émeutes et qui veut l’instabilité, avec notre label Muslim United, on a fait un morceau qui s’appelle « Bladi hania », ce qui veut dire : « j’espère la paix pour mon pays ». Donc on va faire le clip de la chanson. Le message est que je revendique mes droits, mais ça ne veut pas dire que je suis contre mon pays, au contraire c’est par amour que je le fais. Le clip sortira le 23 mars, le jour du début officiel de la campagne.
Vous communiquez plus souvent par internet que par les médias traditionnels, pourquoi ?
Internet c’est le fléau du pouvoir algérien. Ils n’arrivent plus à le contrôler, ils savent que tous les jeunes sont branchés dessus. La chaîne nationale a perdu sa crédibilité et du coup nous on s’investit dans le domaine du net. C’est pour ça qu’on appelle généralement cette élection « élection 2.0 ».
Propos recueillis par Maïna F.