Et votre immoralité monsieur Bensalah ? Par Abdou Semmar

Redaction

Napoléon avait dit un jour : “La plus grande des immoralités est de faire un métier qu’on ne sait pas ». Et Le président du Conseil de la nation (Sénat), Abdelkader Bensalah, ne semble vraiment pas savoir faire son métier. 

En sa qualité de deuxième personnage de l’Etat, selon les dispositions de notre Constitution, et potentiel successeur d’Abdelaziz Bouteflika en cas de décès, Abdelkader Bensalah est censé faire preuve de bon sens, d’exemplarité lorsqu’il prend la parole et s’adresse aux Algériens. Or, ce dernier, n’a rien trouvé de mieux que de qualifier d »immorale » la critique de certains titres de la presse algérienne à l’encontre de la nomination d’Amar Ghoul au Sénat dans le tiers présidentiel. Selon le sieur Bensalah, la « remise en cause » des prérogatives du chef de l’Etat constitue « un acte tout autant immoral qu’inacceptable ». Lors de l’ouverture de la séance plénière du parlement, le deuxième personnage de l’Etat s’en est violemment pris à « certaines plumes » qui recourent, selon lui, « à des écarts de langage et des jugements non fondés pour dénigrer l’institution et ses membres ».

Un tel discours constitue par lui-même un triste acte d’immoralité. Monsieur Bensalah n’a aucune prérogative, aucune autorité pour déterminer ce qui est immoral et ce qui ne l’est pas. Le président du Sénat n’a nullement le droit de s’ingérer dans les lignes éditoriales de la presse nationale. Monsieur Bensalah semble ignorer que la Constitution de notre pays, celle qui est censée régir son métier, protège la liberté de la presse. Aucune loi en Algérie ne sacralise le président de la République. Et pourtant, à entendre monsieur Bensalah, Abdelaziz Boutefika serait devenu, sans que les Algériens ne le sachent, un prophète dépêché par Dieu pour nous remettre sur le droit du chemin ! Le Chef de l’Etat n’est qu’un humain. Un humain à l’image des 40 millions d’Algériens. Ses décisions peuvent et doivent être autant critiquées que celles des autres gestionnaires du pays.

Aucune loi, aucun usage politique ne le dispense de ce devoir de critique. Et la nomination d’Amar Ghoul est effectivement une décision de laquelle les Algériens ont parfaitement le droit de débattre, surtout lorsqu’on sait que ce monsieur a géré un secteur qui a connu l’un des scandales de corruption les plus répugnants de l’histoire de notre pays.

Non, monsieur Bensalah, rappeler cette vérité, demander des comptes et exiger des explications au président n’a rien d’immoral. Absolument rien. En revanche, le silence de votre institution et de votre personne sur les multiples esclandres qui ont ébranlé notre pays et hypothéqué son développement est bel et bien immoral. Où était votre moralité lorsque des cadres innocents ont été injustement condamnés à la prison ? Où était tapie votre moralité lorsque des deniers publics étaient détournés par de hauts responsables qui ont fait plier la justice ? Pourquoi votre institution n’a pas fait pression pour élucider le « mystère » des surcoûts énormes de l’autoroute Est-Ouest ? Et au nom de la moralité dont vous vous targuez aujourd’hui, il n’aurait pas été judicieux que vos sénateurs initient une commission d’enquête sur les dessous de ce méga-projet ?

Monsieur Bensalah, le tiers présidentiel de votre conseil est devenu, par la grâce de l’immunité parlementaire, un refuge douillet pour tous les anciens ministres et décideurs mis à la retraite par la Présidence de la République. Votre conseil est devenu un « bunker » de luxe pour ces décideurs cupides et peu regardants sur l’intérêt public. Votre conseil protège des puissants qui ont fait de leur position dans les rouages de l’Etat un moyen d’enrichissement personnel. Il offre une retraite dorée à des dirigeants qui ont retardé l’Algérie avec leur incompétence et leur sens aigu des affaires.

Vous feignez de l’ignorer, mais votre institution incarne l’immoralité. Oui, appelons  à la moralité, défendons-la, plaidons pour une véritable moralisation de la vie politique dans notre pays. Mais il faut juste commencer par vous et vos acolytes sénateurs qui se sucrent sur le dos de nos compatriotes livrés à l’appétit vorace des chacals. Au final, vous critiquer semble être la chose la plus morale qu’exige le patriotisme authentique…